Dehors, il fait gris, un peu froid. Je n’ai pas de devoirs à faire, je n’avais pas prévu de commencer ma soirée aussi tôt. Les questions existentielles commencent à surgir : qui suis-je, où vais-je, qu’est-ce que je suis en train de faire à l’école déjà?

Je sortais d’un examen. La grosse affaire ; ça faisait trois semaines qu’on nous en parlait. On nous avait même donné les six questions à l’avance (par euphémisme, on dit “questions préparatoires), auxquelles j’ai répondu chez moi, comme un bon élève.

L’examen nous a été présenté. Un peu maigre. Des six questions à l’avance, on ne doit répondre qu’à deux. On doit aussi donner la définition de quelques mots compliqués, comme “absolutisme”. On avait deux heures pour le faire, j’ai fini 40 minutes avant la fin, et j’ai dû déployer un effort spécial, parce que je suis un des derniers à remettre la copie. Rendez-vous après l’examen pour continuer le cours, ce qui veut dire se rassembler en équipe de deux ou trois pour commencer le projet final. Le gros projet. Ce vers quoi tendent tous nos efforts de la session. Et vous savez en quoi il consiste? C’est là que j’ai commencé à déprimer.

Il faut faire un plan d’une recherche qu’on ne fera pas. Le travail comporte deux parties : une à faire en équipe (les deux ou trois personnes évoquées plus haut), pour élaborer le plan du texte qu’on rédigerait si on faisait la recherche (le verbe est au conditionnel), et une deuxième partie à faire seul, où on doit résumer deux textes.

Mes collègues et moi, nous avons donc choisi notre sujet, ou “problématique”. Quand nous avons commencé à dire qu’on choisirait quelques évènements en guise d’exemples, le prof est passé et nous a dit: “Non non, choisissez un exemple seulement, et décrivez-le.” La partie “développement” du texte, la plus importante, se voyait donc drastiquement réduite. Nous avons perdu nos idées de grandeur. Ainsi, la recherche qu’on ne fera pas portera, en gros, sur une anecdote. Une fois ce point éclairé, on a terminé notre travail pour la journée. On pouvait partir. Il restait 1h15 au cours. J’avais l’humeur aussi grise que le ciel de Montréal.

Alors je me souviens du voyageur américain, que j’avais hébergé, et qui m’avait proposé de me rendre la pareille.

Gros dilemne. Je suis “bad”, ou non?

Je me précipite chez moi, j’écris au gars, je lui demande s’il est disponible le lendemain. Il me répond à la seconde : “All right.” À minuit, je prend l’autobus vers le sud.

Conséquences : j’ai eu un plaisir épouvantable. J’ai pris des belles photos pour mon cours, les taxis en arrière-plan ont fait de l’effet. Un de mes professeurs avait annulé son cours. Un autre avait improvisé un examen important, mais m’a assuré que je ne serais pas pénalisé pour mon absence, il va s’arranger avec les notes. Et j’ai perdu 5% en Histoire.

Être “bad”, parfois, ça ne fait que du bien.

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