Petite histoire de la Mafia et du crime organisé en Amérique

Cuba, Batista et la mafia [ARTE: 52.15]

Entre Cuba et la mafia , ça a été une belle histoire d’amour qui a duré plusieurs décennies. Découvrez comment les mafiosi les plus influents d’Amérique ont dominé Cuba et en ont fait un pays presque entièrement dirigé par la mafia.

 

Le Monde écrivait:

Deux belles têtes de crapules. Deux sales types, capables de tout pour amasser des dizaines de millions de dollars. Le dictateur cubain Fulgencio Batista, au pouvoir du 10 mars 1952 au 1er janvier 1959, et le redoutable mafieux Meyer Lansky, à la tête de la Kosher Nostra américaine, sont les principaux protagonistes du documentaire inédit signé Bernhard Pfletschinger et Hans-Peter Weymar – Cuba, Batista et la Mafia.

Mais ce ne sont pas les seules crapules qui peuplent ce voyage dans le Cuba des années 1950, lorsque La Havane était considérée comme le bordel des Etats-Unis. On y croise aussi le mythique Lucky Luciano, le bien nommé Santo Trafficante ou Frank Costello pour ne citerqu’eux.

A l’aide d’images d’archives, de témoignages (croupiers, journalistes, opposants politiques) et des explications limpides de l’écrivain Enrique Cirules, on comprend mieux comment un pays a pu, pendant des années, devenir le paradis absolu de la Mafia.

Casinos, prostitution, blanchiment d’argent, trafics de drogue ont rapporté des sommes colossales au duo formé pour l’occasion par Batista, dictateur corrompu jusqu’à l’os, et la Mafia. “Je te laisse ouvrir des hôtels de luxe, des casinos, des bordels, tu me donnes ma part”, voilà en résumé le deal passé entre Batista et les gangsters américains, Lansky en tête, ravis de pouvoirfaire de belles affaires sans être embêtés par le FBI.

Pour être juste, il faut rappeler que la Mafia n’avait pas attendu l’arrivée au pouvoir de Batista pour faire de la grande île son terrain de jeu de prédilection. Al Capone se servait déjà de Cuba comme plaque tournante pour le trafic d’alcool. Et s’il n’existe aucune image de la célèbre réunion de décembre 1946 dans les salons du prestigieux Hôtel Nacional, elle est évidemment évoquée dans le documentaire. Plus de mille participants à la “conférence du crime organisé” s’étaient réunis autour de Lansky, Luciano et compagnie. Pour détendre l’atmosphère, Frank Sinatra en personne était venu pousser la chansonnette.

Faire de Cuba un véritable Etat mafieux, voilà le but deMeyer Lansky, né en 1902 dans ce qui est aujourd’hui la Biélorussie et dont la famille émigra à New York en 1911. Brillant, secret, Lansky s’était mis en tête de transformerla Mafia en entreprise moderne. Il se lie d’amitié dès les années 1930 avec Batista et lorsque ce dernier s’empare du pouvoir, les affaires s’accélèrent.

Un témoin raconte comment les riches touristes américains étaient traités lors de leurs séjours à La Havane : “Ils ne payaient rien, étaient accueillis en limousine, pouvaient s’offrir des prostituées et boire de l’alcool à volonté sans débourser un sou. Le but, c’était de les faire venir au casino de leur hôtel de luxe. Là, certains perdaient 200 000, 300 000 dollars en quelques heures !”En pleine guerre froide, le gouvernement américain laisse faire. Il parait que le vice-président Richard Nixon (1953-1961) ne dérangeait Batista que lorsque l’un de ses amis avait perdu trop d’argent dans un casino de La Havane…