25L’article « Lucky Luciano entre vérités et mensonges » commence mal:

L’auteur qualifie Lucky Luciano de

 » successeur officiel d’Al Capone »

Signalons que dans toute la littérature sur la mafia, personne n’a jamais prétendu quelque chose du genre. D’autant plus que Capone, un Napolitain, ne pouvait pas être un chef de la mafia.

(…)

 

(Luciano ) partage d’ailleurs plusieurs traits avec Capone: une propension à faire tuer ses ennemis, le sens du secret, une balafre sur la joue et un long séjour en prison suivi d’un accord avec le FBI.

Disons que les deux premiers traits sont partagés par tous les membres de la mafia. Par ailleurs, Capone n’a jamais eu l’ombre d’un accord avec le FBI; Luciano a eu un accord avec l’armée et un procureur de New York et non avec le FBI.

 

Son accointance avec la Yiddish Connection lui a valu d’être passé à tabac trois ans plus tôt par les hommes de Joe Masseria, un boss antisémite.

C’est la première fois qu’on accuse Masseria. C’est aussi la première fois que quelqu’un évoque l’antisémitisme. Trois ans plus tôt, Luciano était le lieutenant de Masseria.

 

(Luciano de son vrai nom Salvatore Lucania) se fabrique un « blase », parce que Lucania, ça fait fille.

Sans commentaires.

 

« Juste avant d’être assassiné, en 1928, Rothstein l’adopte et lui révèle son secret: la puissance passe par la diversification territoriale. »

Hilarant. Pendant toutes les années 20, Rothstein répète à tous ses proches, Frank Costello le Calabrais, Lucky Luciano le Sicilien, les juifs Siegel et Lansky,  que les rivalités entre les gangs irlandais, juifs, italiens sont du gaspillage. Il explique, en gros : utilisez les meilleurs, alliez-vous avec ceux qui peuvent être utiles, foutez-vous de leur origine.

 

« Luciano  ( …) injecte de l’héroïne aux filles qui se prostituent pour lui et ses copains souteneurs (..) les rendant dépendantes au point qu’elles l’appellent l’infâme. »

Je ne voudrais pas donner un choc à l’auteur, mais la mafia a une chaîne de commandement. Luciano, chef de la mafia de New York, ne donnait jamais d’ordres directement. Et il aurait injecté lui-même de l’héroïne..On rigole.

 

« Cet organisateur-né a une autre idée de génie en mettant la main sur tous les ports américains, canadiens et mexicains, s’assurant ainsi des points de livraison pour la drogue »

Dans les années 30, la mafia de New York ne contrôlait pas les ports canadiens. Quant aux ports mexicains…

 

Le 6 juin 1936, Luciano est condamné à 30 ans de pénitencier, la plus longue sentence jamais donnée pour ce genre de crime.

L’auteur explique: (cette sentence) ressemble un peu à une mise à l’abri, à un « deal », au fond, passé entre le procureur et Lucky ». Pourquoi un deal »? Un pégreux Dutch Schultz, voulait assassiner le procureur Dewey. La mafia, parfaitement capable d’évaluer les conséquences, fait abattre Dutch « . (..)  en faisant exécuter Schultz, il sauve la vie de Dewey, qui en échange, lui offre une cellule dorée à la prison de Dannemora.

Dannemora, près de la frontière canadienne, est alors la Sibérie du système carcéral.

En 1946, Luciano est à Cuba.

« La logique territoriale ( sic) semble triompher quand « Charlie » connaît ses premiers revers. D »abord, il doit approuver l’exécution de son ami d’enfance Bugsy Siegel: c’est chose faite le 20 juin 1947, et après ça, le mafieux n’est plus tout à fait le même. »

 

La revue Historia pourra se vanter d’avoir été la première à soulever l’hypothèse d’un Luciano torturé par le remords. Voilà ce qui s’est passé entre la mafia et Bugsy:

L’exécution de Bugsy

 

Il y avait au milieu du désert du Nevada, un trou oublié, Las Vegas. Aucun visiteur, aucun touriste, sauf ceux qui passaient par là pour aller divorcer à Reno. Bugsy Siegel qui a pris le contrôle du jeu en Californie, apprend que le Nevada a une qualité cachée: le jeu y est légal. Il va voir, rêve d’un casino qui attirerait les joueurs de Californie.

La guerre est finie, le transport aérien est bon marché, le Syndicat avance l’argent; Bugsy Siegel se lance dans la construction d’un casino aussi coûteux que kitsch, le Pink Flamingo. Les matériaux de constructions sont encore rares, il les obtient à prix d’or. Sa blonde, Virginia Hill, compagne de lit du dessus de la pègre, est chargée de la décoration. Grande ouverture le 26 décembre 1946.

Le timing est mauvais, le lendemain de Noël! La température exécrable, les avions ne peuvent décoller de Los Angeles. L’ouverture de l’hôtel-casino le plus luxueux du monde est un flop total. Ses créanciers du Syndicat commencent à grommeler. Ils ont prêté à Siegel deux, puis quatre millions. Le casino perd 700 000 $ en deux mois. Une réouverture, un autre flop. Un autre deux millions. Puis les créanciers apprennent que Siegel ne fait pas que dépenser leur argent: entre deux décorations hors de prix, Virginia Hill ouvre des comptes en banque en Suisse pour Siegel.

À La Havane, on vote sa mort.

Bugsy Siegel est abattu le 20 juin 1947 dans sa maison de Beverly Hills. Vingt minutes après le meurtre, 500 milles plus loin, deux associés de Lansky doués pour la télépathie entrent au Flamingo et annoncent qu’ils représentent la nouvelle administration. Personne ne s’objecte.

Le Kiosque avait lu ce livre du même auteur

Les secrets de la mafia

Philippe Di Folco

La librairie Vuibert

(Disponible à la BANQ) 

Dans cette présentation de l’éditeur, nous avons souligné ce qui n’a rien à voir avec la mafia.

« Objet de tous les fantasmes, la mafia possède de nombreux visages. Depuis 150 ans, de multiples organisations secrètes à but criminel ont pris son nom. Aussi, plutôt que  » la  » mafia devrait-on dire  » les  » mafias ! De Chicago à Palerme, en passant par le Vatican et La Havane, Philippe Di Folco nous entraîne à leur découverte. On croisera ainsi l’énigmatique Basil Zaharoff, le marchand d’armes et de mort qui tutoyait Clemenceau.
On plongera dans la comptabilité macabre de  » Nucky  » Johnson, l’empereur d’Atlantic City. Chemin faisant, on rencontrera le premier grand repenti de l’histoire du crime, Joe Valachi, qui brisa la loi du silence (à quel prix !). Ne nous y trompons pas, des femmes aussi se sont fait une place dans ce monde résolument machiste : Stéphanie St. Clair, premier  » parrain  » noir de Harlem, ou, côté justice, Bonnie Klapper, celle qui fait aujourd’hui trembler les cartels colombiens et mexicains…
Au  delà des caricatures, et à partir de documents parfois inédits, Philippe Di Folco retrace l’histoire secrète et sanglante du crime organisé. »

Ce qui ne veut pas dire que le reste vaut la peine d’être lu.

La bibliographie compte vingt livres dont six seulement en anglais. Par contre, on trouve un livre datant de 1891, un autre de 1878 et même de 1863.