mathieu bock« Ces courants idéologiques ont un immense pouvoir qui leur est reconnu par certains médias: celui de faire ou défaire les réputations. C’est par crainte de subir leurs réprimandes qu’ils sont plusieurs à se taire publiquement, tout en confessant en privé leur exaspération devant les grands prêtres qui veulent réguler la parole publique. On les entend souvent dire: oh que j’aurais des choses à dire, mais je ne veux pas qu’on me colle une vilaine étiquette. On les comprend: personne n’aime être désigné à la vindicte publique par les ayatollahs du clavier.

Évidemment, le pouvoir de ces courants fanatiques se dissipe dès lors qu’on ne leur reconnait pas ce monopole qu’ils réclament sur la définition de la vertu. Il suffit, en quelque sorte, de devenir indifférent aux certificats de bonne conduite idéologiques décernés par les lignes de vertu pour d’un coup retrouver sa liberté d’expression. On ne sera pas aimé. Mais en un sens, est-ce que c’est si grave? Que des adversaires qui jouent au chantage moral avec l’opinion publique nous détestent, c’est peut-être le prix à payer pour se libérer de leur tutelle. »

 

MATHIEU BOCK-CÔTÉ, Le Journal de Montréal: L’esprit de secte et le lynchage médiatique