9 échecs retentissants au Canada

Source : Maclean’s, « 9 colossal Canadian failures », 22 juin 2013. Texte de Tom Villemaire.
Tom Villemaire, coauteur des livres Colossal Canadian Failures 1 et 2 avec Randy Richmond, et responsable du site Historylab.ca et du balado Seemed Like a Good Idea at the Time, partage ses gaffes canadiennes préférées.
1. Le fusil Ross
C’est sans doute le plus grand échec de l’histoire canadienne. Le gouvernement conservateur de Robert Borden a choisi ce fusil de chasse de fabrication canadienne plutôt que le Lee-Enfield britannique pour les soldats de la Première Guerre mondiale. Le fusil Ross surchauffait à l’usage intensif, s’enrayait au contact de la boue — celle des tranchées, par exemple — et la baïonnette se détachait à la course. Il a mis en danger des milliers de soldats qui en dépendaient au combat. C’était cependant un excellent fusil de chasse.
2. Le projet Habakkuk
L’idée venait de l’Anglais Geoffrey Pike, mais le premier ministre libéral William Lyon Mackenzie King y a englouti 100 millions de dollars (en valeur de 1942). Le plan : construire des navires en pâte de glace et de pulpe de bois — deux ressources dont le Canada ne manque pas — pour les utiliser pendant la Deuxième Guerre mondiale. Ces porte-avions Habakkuk, capables de transporter des centaines d’appareils, devaient assurer la couverture des invasions et des convois. Jusqu’à ce qu’ils fondent, bien sûr. Un navire prototype a été construit au lac Patricia, en Alberta. Tout s’est arrêté quand des scientifiques rabat-joie ont expliqué qu’il était impossible de produire suffisamment de « pykrete » — c’est ainsi qu’on appelait le mélange glace-pulpe — en un seul hiver pour construire ne serait-ce qu’un seul navire.
3. Les serres Sprung à Terre-Neuve
Ce projet industriel improbable, né de la collaboration entre le gouvernement provincial progressiste-conservateur du premier ministre Brian Peckford et la société Charmar Holdings à la fin des années 1980, visait à implanter à Terre-Neuve des serres futuristes mises au point par l’homme d’affaires calgarian Philip Sprung. Censées accélérer la croissance des plantes, les vastes installations devaient théoriquement produire 4 000 tonnes de fruits et légumes par année. Des scientifiques avaient pourtant prévenu qu’il n’y aurait pas assez de lumière du jour — sans que cela freine le gouvernement d’investir 14,5 millions de dollars. Terre-Neuve, grenier maraîcher du monde? Pas tout à fait. L’usine hydroponique a échoué presque immédiatement. La province l’a rachetée pour 3 millions, puis revendue pour 1 dollar à de nouveaux investisseurs. Elle a fermé définitivement en 1990.
4. La première ambulance de Vancouver
En 1909, la ville s’est dotée de sa toute première ambulance. L’enthousiasme était général. Lors de sa première sortie avec l’équipe municipale, le véhicule a renversé un touriste américain à l’intersection de Pender et Granville. Il est ainsi devenu le premier patient transporté dans ladite ambulance.
5. La plus haute montagne du Canada (ou pas)
Le botaniste canadien David Douglas a donné son nom à un grand arbre, le sapin de Douglas. On lui a longtemps attribué la découverte du sommet le plus élevé du Canada. En 1827, il a baptisé ce mont « Brown », en hommage à un autre botaniste. Problème : Douglas était très loin du compte. Du haut de ce sommet, il aurait pu apercevoir des pics plus élevés dans toutes les directions. Malgré tout, pendant près de 70 ans, cette montagne a été considérée comme la plus haute du Canada. Douglas était un excellent botaniste, mais un bien piètre arpenteur.
6. Les traversiers rapides de la Colombie-Britannique
Glen Clark, premier ministre néo-démocrate de la Colombie-Britannique à la fin des années 1990, avait ce qui semblait être une bonne idée : relancer la construction navale dans la province en créant des traversiers rapides d’avant-garde. Le plan prévoyait trois navires à 70 millions de dollars chacun. Malgré des compressions qui ont affaibli la flotte, chaque navire a coûté le double, et le programme a atteint près de 450 millions de dollars. À l’arrivée au pouvoir des libéraux en Colombie-Britannique, les traversiers étaient à vendre. Ils ont été cédés pour 20 millions — pas chacun, mais pour les trois.
7. Le Springmobile
Tom Doherty a construit à Sarnia, en Ontario, un véhicule à trois roues propulsé par un grand ressort. Conçu comme une alternative bon marché aux nouvelles automobiles, son invention de 1895 — que les habitants ont baptisée le « Springmobile » — pouvait atteindre 3 à 5 kilomètres à l’heure et parcourir environ deux pâtés de maisons. Après quoi, il fallait descendre et remonter le ressort. Il ne s’est pas vendu, et Doherty a remplacé le ressort par un moteur à combustion interne. L’engin a fini par être interdit en ville : il était si bruyant qu’il effrayait les chevaux. Doherty a éventuellement abandonné la fabrication automobile pour se lancer en politique, où il a connu plus de succès, devenant maire de Sarnia.
8. Le Cygnet II
Alexander Graham Bell était un homme brillant, mais toutes ses idées n’étaient pas des réussites. Son Cygnet II devait gagner de la portance grâce à des cerfs-volants tétraédriques formant deux ailes en paroi. Il a construit un prototype à Baddeck, en Nouvelle-Écosse, et le pilote par excellence du Canada, J.A.D. McCurdy, a eu l’honneur de le tester le 22 février 1909. Le Cygnet II a glissé gracieusement sur la glace du lac gelé, mais aucun moteur de l’époque ne pouvait faire avancer les 4 000 cerfs-volants assez vite pour décoller.
9. Townsend
L’Ontario des années 1970 connaissait quelques difficultés. Le gouvernement progressiste-conservateur de l’époque était critiqué pour son inaction face à la pénurie chronique de logements. La solution imaginée par le trésorier provincial John White : créer des villes de toutes pièces. L’une d’elles, baptisée Townsend, devait voir le jour près de Nanticoke. En 1974, la province a dépensé l’équivalent de plus de 260 millions de dollars d’aujourd’hui pour acquérir 3 700 hectares. La population devait atteindre 100 000 habitants à l’an 2000. Aujourd’hui, Townsend compte environ 1 500 résidents.

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