Selon une nouvelle étude, plus des trois quarts des adolescents interrogés ont une opinion négative de la presse.

Source : Columbia Journalism Review, « Biased, Boring Liars », Carolina Abbott Galvão, 6 novembre 2025.


Une étude publiée par l’organisme à but non lucratif News Literacy Project brosse un tableau sombre de la façon dont les jeunes perçoivent la presse. Selon ses résultats, davantage d’adolescents américains estiment que « les journalistes sont habiles à mentir plutôt qu’à informer le public », et environ la moitié croit que les médias d’information se livrent fréquemment à des « pratiques contraires à l’éthique, comme inventer des citations ». Quand on leur demande quel mot décrit le mieux les médias d’information, 84 % des adolescents sondés « ont exprimé un sentiment négatif », recourant souvent à des termes comme « faux », « mensonger » ou « trompeur ».

Cette nouvelle étude, intitulée « Biased », « Boring » and « Bad » : Unpacking perceptions of news media and journalism among US teens, fait suite à un rapport de 2024 qui révélait que près de la moitié des répondants âgés de 13 à 18 ans estimaient que les journalistes nuisaient davantage à la démocratie qu’ils ne la protégeaient. « Nous savions donc qu’il existait une certaine méfiance chez les jeunes, et nous voulions l’examiner de plus près pour comprendre ce qui alimentait ce cynisme », a expliqué Kim Bowman, l’une des coautrices du rapport et directrice principale de la recherche au News Literacy Project.

Compte tenu des résultats de l’année précédente, Bowman et ses collègues ne s’attendaient pas à trouver de l’admiration pour la presse. Ils ont néanmoins été stupéfaits par « l’ampleur écrasante de la négativité » qu’ils ont observée dans ce nouveau sondage, mené auprès de 756 des quelque 1 000 adolescents interrogés en 2024. À la question de savoir ce que les journalistes font bien, environ un tiers des répondants ont encore répondu en termes négatifs — « des choses comme “mentir”, “tromper”, ou “les journalistes ne font rien de bien” », a dit Bowman. « C’était vraiment un cynisme massif, et cela nous a montré que nous avons une ou deux générations qui grandissent avec une vision très négative de la presse. »

Bowman et ses collègues se sont demandé si la culture populaire pouvait être en cause, mais lorsqu’on a demandé aux adolescents si des films ou des émissions de télévision leur venaient à l’esprit quand ils pensaient au journalisme, seulement environ un tiers ont répondu par l’affirmative. « La première mention était la franchise Spider-Man », dont l’itération actuelle met en scène « un personnage de journaliste à sensation travaillant pour une organisation dans le style d’Infowars », a précisé Bowman. « Je ne pense donc pas que la culture populaire joue un grand rôle, mais même dans la culture populaire, nous avons du travail à faire. »

Une piste de solution réside dans un enseignement plus répandu de la littératie médiatique dans les écoles de la maternelle au secondaire. Les enseignants, selon Bowman, devraient apprendre aux jeunes à « distinguer l’information factuelle du contenu conçu pour persuader, divertir ou vendre », tout comme à différencier des sources selon leur degré de crédibilité.

La littératie médiatique enseigne aussi aux jeunes à apprécier le journalisme — et c’est là que les enjeux deviennent sérieux, selon Bowman. Environ les deux tiers des adolescents ayant participé au sondage de l’an dernier ont dit être peu ou pas du tout préoccupés par la disparition accélérée des organisations de presse aux États-Unis au cours des vingt dernières années. Bowman souhaite qu’ils comprennent que les conséquences dépassent largement le seul secteur journalistique. « Je veux vraiment m’assurer que les jeunes savent ce que nous perdrions si nous perdions le Quatrième Pouvoir. »