Dôme du Capitole des États-Unis et drapeau américain
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Jill Lepore et l’« État artificiel » : la démocratie américaine à l’épreuve de l’IA

Résumé en français de l’article How to maintain ‘an informed citizenry’ in the age of AI de Danny Heitman, publié par The Christian Science Monitor (10 septembre 2026).

Danny Heitman fait la critique de The Rise and Fall of the Artificial State (Liveright), de Jill Lepore, professeure d’histoire et de droit à Harvard, collaboratrice de longue date du New Yorker et autrice de We the People, consacré à la Constitution américaine. Paru alors que les États-Unis soulignent leur 250e anniversaire, le livre s’inspire des Origines du totalitarisme (1951) de Hannah Arendt pour se demander si les valeurs fondatrices de la démocratie américaine résisteront à l’intelligence artificielle et aux géants du numérique.

Lepore appelle « État artificiel » une infrastructure numérique encore inachevée par laquelle les gouvernements, et surtout les entreprises privées, organisent et automatisent le comportement politique et le débat public : algorithmes, réseaux sociaux, agents d’IA et robots. Selon elle, presque tous les éléments de la démocratie, de la société civile à la liberté d’expression en passant par l’existence de citoyens bien informés, y deviennent vulnérables à la manipulation. Elle s’inquiète aussi du coût énergétique de l’IA, qui pourrait faire augmenter la consommation des centres de données jusqu’à 200 % entre 2025 et 2030, en bonne partie à partir d’énergies fossiles. Plus profondément, elle craint que l’IA nous coupe de ce qui fait notre humanité, et propose de renouer avec l’examen des faits, l’exercice de la raison, la recherche de sens et l’étude de la philosophie, de l’art, de l’histoire et de la littérature, science-fiction comprise.

Le critique salue l’érudition de l’autrice et son talent pour l’anecdote, qui donnent au livre l’allure d’une visite dans un cabinet de curiosités : on y croise Richard Brautigan distribuant des sachets de graines accompagnés de poèmes, des recenseurs chinois qui avaient prévu une catégorie pour les « bébés avec des dents » ou un prêtre sicilien qui inventa une machine à voter en 1897. Il lui reproche toutefois de rester vague sur la façon dont les politiques publiques devraient départager le bon et le mauvais dans ces technologies. Les critiques de l’IA abondent, conclut-il, mais la curiosité, l’humour et la compassion de Lepore incarnent justement les qualités humaines qu’elle cherche à préserver.

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