Source : El País — Paola Mendoza, 28 novembre 2025


Oprah Winfrey l’a décrit comme « dix ans de thérapie en une semaine ». Katy Perry affirme que ça lui a sauvé la vie après une dépression sévère. Et Vogue Paris l’a salué comme « l’une des meilleurs retraites bien-être pour guérir le corps et l’esprit dans le monde ». Il s’agit de la méthode Hoffman, un programme intensif de développement personnel qui, selon son site officiel américain, vise à « identifier les comportements négatifs, les humeurs et les modes de pensée qui se sont développés inconsciemment et ont été conditionnés durant l’enfance ». Ses détracteurs, cependant, y voient tout sauf un chemin doux vers la réalisation de soi. Pour certains, la retraite de huit jours ressemble davantage à une immersion forcée dans la souffrance qu’à une voie rapide vers la transformation.

Ce n’est pas la perception qu’en a eu Rafael de Cárdenas. Un an après avoir suivi le processus, ce directeur artistique et designer basé à New York a partagé son expérience sur les réseaux sociaux, après avoir passé une semaine isolé avec une vingtaine d’inconnus à Petaluma, en Californie. « Je ne suis pas toujours reconnaissant ou dans la joie maintenant. Mais je peux voir les schémas sombres qui m’ont façonné », a-t-il écrit sur Instagram, dans une publication où il se décrit comme « à vif, vulnérable, exposé ». En entretien vidéo avec El País, De Cárdenas a expliqué qu’il n’était pas venu à cette méthode en raison d’une crise ou d’une rupture majeure. « Je voulais vivre avec plus de gratitude ; j’avais l’impression d’être toujours en train de me battre contre les autres. Ce que je ne savais pas, c’est que j’allais devoir me confronter à moi-même, parce qu’en fin de compte, c’est sur soi que porte le travail. »

L’Institut Hoffman définit son processus comme une transformation à quatre niveaux : émotionnel, spirituel, intellectuel et physique. Le codirecteur de l’institut en Espagne, Luis Fernando Cámara, affirme qu’« il n’existe pas de formule magique pour guérir » et insiste sur le fait qu’il ne peut pas promettre qu’une retraite d’une semaine changera votre vie. « Je ne sais pas quel effet cela aura sur vous, mais 95 % de nos participants constatent un changement dans leurs relations personnelles, amoureuses ou familiales. » Il explique que, grâce à diverses techniques — thérapie Gestalt, thérapie cognitivo-comportementale, psychanalyse —, les participants revisitent des épisodes de leur enfance afin d’identifier des schémas et de tenter de les modifier.

Eleanor Moran, journaliste au Guardian, s’est inscrite à la méthode Hoffman après une rupture, comme elle l’a raconté dans un article publié dans le quotidien britannique. Sans en comprendre la raison, elle retombait sans cesse dans le même type de relations amoureuses. Elle a découvert que ses échecs sentimentaux avaient davantage à voir avec le lien qu’elle avait tissé dans l’enfance avec son père qu’avec des peines de cœur. « Au cours de cette semaine, j’ai compris pourquoi, petite fille, j’avais placé mon père sur un piédestal, même s’il avait été, au mieux, peu fiable, et au pire, franchement dangereux. » Après cette semaine de « changement profond », elle se décrit aujourd’hui comme une personne plus empathique, consciente que « la plupart d’entre nous portent des blessures secrètes qu’ils tentent de dissimuler ».


Le tailleur qui voulait vous rendre heureux

La méthode Hoffman a été fondée en 1967 par Bob Hoffman, un ancien tailleur sans formation officielle en psychologie qui, selon ses propres dires, écoutait les problèmes de ses clients et tentait de les guider. En près de soixante ans d’existence, la méthode a gagné des milliers de partisans, mais aussi des détracteurs. En 2006, le magazine allemand Stern avertissait qu’« il existe un risque de retraumatisation : les émotions négatives deviennent si intenses que la personne concernée ne peut plus les traiter ». Un article citait des cas survenus en Allemagne dans les années 1990 où certains participants « avaient dû être hospitalisés en psychiatrie pendant ou après la retraite en raison de délires, de dépressions sévères ou d’autres réactions graves ». En Espagne, les experts en psychologie consultés, dont le Collège officiel des psychologues de Madrid, ont refusé de se prononcer sur le processus, invoquant le fait qu’ils « n’ont jamais participé à l’expérience ».

Dès le premier jour, les participants doivent partager avec des inconnus leurs détails et expériences les plus intimes, et s’engagent explicitement à ne pas divulguer ce qui se passe durant cette semaine. Pourtant, parmi les témoignages d’anciens participants, reviennent régulièrement des mentions de pratiques peu orthodoxes : frapper des coussins avec une batte de baseball ou déchirer des annuaires téléphoniques, dans des journées qui débutent à 7 heures du matin. Pour certains, cette intensité fait partie intégrante du programme ; pour d’autres, elle démontre que ce processus n’est pas adapté à tout le monde.

Malgré son côté retraite confidentielle, la méthode Hoffman n’a rien d’un secret : elle est présente dans 15 pays et compte plus de 150 000 participants, selon les chiffres de l’institut. Sa popularité refait surface avec une certaine régularité lorsque des célébrités — Orlando Bloom, Sienna Miller et Gwyneth Paltrow, entre autres — déclarent publiquement l’avoir pratiquée. En Espagne, en revanche, son rayonnement reste modeste. L’institut y est actif depuis 1996 et compte environ 2 000 participants. La raison, selon Luis Fernando Cámara, tient à sa faible visibilité par rapport à d’autres centres : « Nous n’avons pas réussi à le développer ni à lui donner la publicité qu’il mérite, contrairement aux États-Unis, où la population est plus familière avec la psychologie et dispose de davantage de moyens financiers. »

Le prix élevé constitue également un frein. Aux États-Unis, le coût peut atteindre 8 000 dollars selon les dates et le lieu. Dès 2005, le journaliste américain Horacio Silva avait tourné le processus en dérision dans le New York Times Magazine, le décrivant comme un caprice de l’industrie de la mode et des privilégiés. « Le processus Hoffman est une retraite de huit jours d’auto-analyse où l’on encourage les participants à porter des étiquettes — non pas Prada ou Gucci, mais des mots comme “victime” ou “indigne”, en fonction de la façon dont ils se percevaient enfants. » Pour Silva, qui n’avait pas suivi la thérapie, c’était quelque chose de « diabolique » : « Je préférerais endurer la Semaine de la mode en Islande plutôt que de partager mes secrets intimes avec un groupe d’inconnus », avait-il lancé, dans un geste d’anti-snobisme snob. Oprah Winfrey, elle, a défini la méthode Hoffman comme « une retraite thérapeutique exclusive pour les riches et les célèbres ». Ceux qui en ont les moyens tentent de résoudre en une semaine ce à quoi la plupart des gens font face toute leur vie. Pour certains, le plaisir tient autant à la possibilité de guérir qu’au fait de pouvoir se l’offrir.