« Bro science » et les « Huberman husbands » : le business du bien-être masculin qui promet d’optimiser le sexe et de prolonger la vie
Résumé en français de l’article ‘Bro science’ and ‘Huberman husbands’: The alpha male wellness business that promises to optimize sex and extend life de El País (14 novembre 2025), par Enrique Alpañés.

Pendant longtemps, le wellness était un marché féminin; aérobic, smoothies au kale, régimes détox. Mais l’industrie, évaluée à 5 600 milliards de dollars en 2023 et en route vers 8 000 milliards d’ici 2028, cherche de nouveaux débouchés. La solution : reconquérir les hommes à grand renfort de rebranding. Le « prendre soin de soi » devient le « biohacking », la méditation une « optimisation cognitive ». Les spas cèdent la place aux bains de glace, les salades aux régimes carnivores, et les salles de gym se remplissent de glucomètres et de montres connectées. Le bien-être est désormais une compétition, plus masculine à coups d’optimisation que de détente.
Ce virage s’appuie sur l’évolution de l’image corporelle masculine depuis l’essor du Marvel Cinematic Universe et ses héros ultra-musclés, amplifiée par les réseaux sociaux. Une étude de l’Université de Toronto a établi un lien entre l’exposition à des torses sculptés en ligne et la dysmorphie corporelle chez les hommes. La sociologue Emily Contois met en garde : les pires travers de la culture du régime qui ont tant nui aux femmes sont désormais déclinés au masculin, pour des raisons purement économiques.
Figure emblématique de cette tendance : Andrew Huberman, professeur associé en neurobiologie à Stanford, dont le podcast Huberman Lab cumule plus de 140 millions de vues sur YouTube. Surnommé le « Goop des hommes » par le New York Times, il mêle citations scientifiques sérieuses et recommandations douteuses (regarder le soleil le matin pour mieux dormir, ne respirer que par le nez pour « harmoniser son visage »). Il s’inscrit dans une longue liste : Joe Rogan et ses bains de glace, Tim Ferriss et ses suppléments pour optimiser le sommeil et la sexualité, le « Liver King » prônant les abats crus ou Jordan Peterson et son régime exclusivement carné, le tout souvent teinté de rhétorique d’extrême droite et antiféministe.
Derrière les conseils santé se profile un package idéologique complet : sexualité, argent, politique conservatrice et transhumanisme, l’idéal du « high-value man ». Mais tout n’est pas à rejeter : le fait que des hommes s’intéressent enfin à leur santé ouvre des conversations longtemps tabous sur la santé mentale, les insécurités physiques ou la dysfonction érectile. Le vrai enjeu est de séparer l’apport légitime des dérives mercantiles et idéologiques.

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