Navire de croisière blanc en mer
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Comment les croisières sont devenues les navires-pestiférés des temps modernes

Résumé en français de l’article How Cruises Became Modern-Day Plague Ships de The Walrus (26 mai 2026), par Kevin Patterson.

Navire de croisière blanc en mer
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Le 1er avril 2026, le navire de croisière néerlandais MV Hondius quitte Ushuaia, en Argentine, avec environ 150 personnes à bord, en route vers les îles isolées de l’Atlantique Sud. Parmi les passagers, un couple de septuagénaires néerlandais, ornithologues amateurs. Le 6 avril, l’homme tombe malade ; il meurt à bord le 11. Sa conjointe, atteinte à son tour, s’effondre à l’aéroport de Johannesburg et décède peu après. Le 2 mai, les autorités britanniques signalent à l’OMS une éclosion de maladie respiratoire grave : six passagers sont porteurs de la souche Andes de l’hantavirus — la seule connue capable de se transmettre d’une personne à l’autre.

L’hantavirus infecte environ 30 000 personnes par an dans le monde ; son réservoir naturel se trouve chez les rongeurs, et la souche Andes, dominante en Amérique du Sud, compte parmi les plus virulentes. Mais au-delà de ce cas précis, rappelle le Dr Kevin Patterson, ce sont les navires qui, depuis toujours, comptent parmi les vecteurs les plus redoutables de la contagion — des espaces bondés où règne une intimité du souffle, « tu me respires, je te respire ».

L’histoire le prouve. Des céréaliers chargés de rats et de leurs puces apportent la peste à Constantinople en 541, déclenchant la peste de Justinien et ses 5 000 morts par jour dans la capitale. La peste noire atteint Messine en 1347, poussant les Vénitiens à inventer la quarantaine : l’obligation, pour les navires, de rester au mouillage quarante (quaranta) jours avant d’accoster. En 1720, le Grand-Saint-Antoine, dont la quarantaine est levée sous la pression d’un marchand pressé de récupérer sa cargaison de coton et de soie, rapporte la peste à Marseille.

Les temps modernes n’y échappent pas. En 2020, une éclosion de SARS-CoV-2 immobilise le Diamond Princess et ses 3 700 passagers au large du Japon, révélant la contagiosité extraordinaire du virus — un taux de reproduction pouvant atteindre 14,8 en l’absence de mesures. Aujourd’hui, la plupart des éclosions à bord sont dues à des gastroentérites (90 % de norovirus) et à des virus respiratoires familiers. Patterson invite à imaginer le pire sur l’Icon of the Seas, plus grand paquebot du monde : 7 600 passagers sur vingt ponts, « la population d’une petite ville entassée dans son école secondaire ».

Si l’avion a largement supplanté le bateau comme vecteur de propagation mondiale des pandémies — impossible d’imposer une quarantaine de quarante jours sur un tarmac —, les navires demeurent d’excellents révélateurs. Dans certaines régions, la santé publique élève des « poulets sentinelles » en cage pour détecter des virus comme celui du Nil occidental. Au début des pandémies à venir, suggère l’auteur, les navires de croisière pourraient jouer ce rôle de fil-piège épidémiologique : les poulets sentinelles des mers.

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