Une entreprise, un beat : quatre journalistes à plein temps sur les géants américains
Résumé en français de l’article One Company, One Beat de la Columbia Journalism Review, par la rédaction.

Apple vaut aujourd’hui plus de quatre mille milliards de dollars, Amazon frôle les trois mille milliards, Tesla en pèse 1 300 milliards. Jamais les grandes entreprises américaines n’ont été aussi riches et puissantes. Comment, dès lors, couvrir convenablement l’un de ces géants ? Pour certains journalistes, la réponse tient en une phrase : en faire son unique métier. La Columbia Journalism Review a réuni les témoignages de quatre reporters qui consacrent tout leur temps à une seule société. Tous travaillent « de l’extérieur vers l’intérieur », rarement admis auprès des dirigeants, mais redoutablement obstinés — un contre-pouvoir face à l’impunité des entreprises. Comme le résume Brooks Barnes : « Il y a un moi ; il y a une armée d’eux. »
Caroline O’Donovan (Amazon), ex-reporter au Washington Post — journal appartenant à Jeff Bezos, ce qu’elle trouvait « à la fois drôle et un peu badass ». Chez Amazon, les employés sont muets, et l’entreprise a l’habitude bien documentée de sévir contre les fuites. La clé, dit-elle : rencontrer les gens en personne, aux 5 à 7 et autour d’un café, car « être une voix anonyme au téléphone ne vous vaut pas l’honnêteté et le respect qu’on obtient quand quelqu’un vous voit comme une personne ».
Edward Niedermeyer (Tesla) couvre l’entreprise depuis 2008, à ses débuts de blogueur payé vingt-cinq dollars le billet. Son enquête sur le programme d’échange de batteries — qui permettait à Tesla de siphonner des crédits pour des centaines de millions — lui vaut un billet de blogue vengeur qu’Elon Musk aurait lui-même rédigé, puis des années de harcèlement en ligne. Sa conclusion : Tesla est « dans le commerce du contrôle de l’information et du récit », la mission environnementale et la technologie servant surtout à protéger le cours de l’action.
Mark Gurman (Apple) couvre la marque depuis près de dix-sept ans chez Bloomberg. Fan de la première heure — premier en file pour l’iPhone original en 2007, créateur d’applications, dénicheur de noms de domaine qui trahissaient l’arrivée de l’iPad —, il a fait de sa passion un métier « accaparant », rythmé par le fil de l’actualité. Et Brooks Barnes (Disney), correspondant en chef à Hollywood pour le New York Times, cultive ses sources à l’ancienne, autour de cafés et de verres. Sa méthode face aux services de relations publiques toujours plus blindés : « Ne jamais demander, seulement annoncer. » Plutôt que « feriez-vous une entrevue ? », il dit : « Je fais un article là-dessus, j’aimerais votre version. Sinon, on le publiera quand même. »