La grande zombification
Résumé de l’essai The Great Zombification de The New Critic (11 mai 2026), par Owen Yingling.

Owen Yingling, étudiant en philosophie de 21 ans à l’Université de Chicago, dresse un constat glaçant : l’usage de l’intelligence artificielle sur les campus d’élite est devenu, selon lui, « un cancer culturel » qui menace de transformer une génération prometteuse en « classe d’abrutis hébétés ». Filant la métaphore de la tumeur, il décrit la métastase : d’abord cantonnée aux cours d’économie d’affaires réputés faciles, la triche par IA a gagné le département d’économie, puis les sciences humaines. Il raconte des examens où des étudiants photographient les questions pour les soumettre à un robot pendant que le professeur regarde ailleurs, et un écart de 40 points entre les tests à faire à la maison et ceux passés en classe.
Le mal ne s’arrête pas aux étudiants. Le journal étudiant de son université a publié des articles entièrement écrits par IA, passés inaperçus des mois durant; Yingling soupçonne même certains professeurs de rédiger leurs cours avec ChatGPT. Il évoque un camarade qui, semaine après semaine, a confié à un robot ses devoirs, ses courriels, ses routines de gym, ses résumés de lecture, jusqu’à ses messages amoureux — une « zombification » à la manière du champignon qui pilote les fourmis.
Yingling s’en prend surtout à l’hypocrisie des universités. Pendant que Harvard, Yale, Princeton ou Columbia annoncent à grand renfort de millions leurs initiatives « d’IA en classe », les cas de tricherie explosent — presque doublés à Princeton en un an. Il n’y voit aucune « intégration », seulement une « substitution » : à l’apprentissage, à l’enseignement, à la conversation. Pour lui, l’enseignement est d’abord une relation entre humains, et confier la production du savoir à la machine reviendrait à standardiser et homogénéiser l’université jusqu’à la vider de sa substance. Son plaidoyer : sévir davantage contre la triche, non pour sauver un âge d’or fantasmé, mais pour préserver le fragile équilibre entre formation professionnelle et vie de l’esprit avant que l’esprit des étudiants — et les écoles avec — ne s’effondre.