Comment les chiens voient-ils le monde? En couleurs, mais surtout en nous regardant
Résumé en français de l’article How Do Dogs See The World? They Do See Color, But They Focus More on Us de Discover Magazine, par Emilie Le Beau Lucchesi.

Tout propriétaire de chien le sait : son animal peut aboyer sur à peu près n’importe quoi : les squelettes géants d’Halloween, les bonshommes de neige, les pères Noël gonflables… Là où nous ne voyons rien qui mérite attention, le chien voit sans doute tout autre chose. Et si les chiens voient moins bien que nous, ils n’ont pas pour autant une mauvaise vue.
Première idée reçue à jeter aux orties : « Ils voient les couleurs, ils ne voient pas en noir et blanc; c’est une idée fausse répandue », explique Madeline H. Pelgrim, chercheuse au Brown Dog Lab de l’Université Brown et doctorante en sciences cognitives et psychologiques.
Les chiens sont dichromates : leurs yeux comptent deux types de cônes chargés du traitement des couleurs, contre trois chez l’humain, qui est trichromate. Là où nous percevons le rouge, le jaune, le bleu et tout le spectre intermédiaire — orange, vert — les cônes du chien ne captent que le jaune et le bleu. Il leur manque le cône à longueur d’onde moyenne nécessaire pour percevoir le vert. Ils utilisent bel et bien les indices de couleur, surtout le jour, mais leur acuité visuelle reste inférieure à la nôtre.
Une étude publiée en 2025 dans Cognitive Science a permis d’aller plus loin en observant non pas ce que les chiens peuvent voir, mais ce qu’ils choisissent de regarder. Onze chiens — cinq de race mixte, deux golden retrievers, un labradoodle australien et un berger américain miniature — ont été entraînés à porter des lunettes munies d’un dispositif de suivi oculaire, puis promenés sur un trajet déterminé. L’appareil a enregistré plus de 20 000 regards; après exclusion de ceux liés aux séances de reniflage, l’échantillon retenu comptait 11 698 regards.
Les chiens dirigeaient leur attention vers les personnes, les plantes, les véhicules — et le trottoir, puisqu’ils regardent où ils vont. « Nous savons maintenant quel pourcentage du temps ils passent à regarder le sol devant eux. Ce n’est pas si différent des humains », note Pelgrim, principale autrice de l’étude.
Surtout, l’étude révèle à quel point les chiens sont individualistes dans ce qui retient leur attention : ce qu’un chien juge digne d’intérêt, un autre l’ignore complètement. Un participant était fasciné par la navette qui circule sur le campus de Brown. « Chaque fois que l’autobus était là, il était captivé, raconte la chercheuse. Un autre passait juste à côté sans s’en soucier le moins du monde — pas même un coup d’œil. »
Un seul objet d’intérêt faisait consensus : les humains. Et les chiens ne nous regardent pas tous de la même façon. « Les gens au loin, ils les fixaient, presque comme s’ils essayaient de les comprendre, dit Pelgrim. Ou alors on observait ces coups d’œil rapides vers leur maître, ou vers moi qui travaillais avec eux. »
Ce qui distingue cette recherche des travaux antérieurs, c’est que les chiens n’avaient aucune tâche visuelle à accomplir : ils faisaient simplement ce qu’ils font normalement, une promenade. D’où l’intérêt des résultats sur leurs choix spontanés.
Et le squelette d’Halloween de trois mètres? Peut-être le chien cherche-t-il à déterminer s’il constitue une menace. Peut-être le trouve-t-il simplement intéressant. Ou peut-être se demande-t-il, comme bien des humains, pourquoi diable quelqu’un a installé ça devant chez lui.