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La blonde incendiaire : cent ans de désir et de danger

Résumé en français de l’article ‘It’s almost like a weapon’: How the blonde bombshell has symbolised desire and danger de la BBC (12 août 2025), par Deborah Nicholls-Lee.

Unsplash

Les cheveux des femmes se sont longtemps vu prêter un pouvoir enivrant : de la Méduse à tête de serpents de la mythologie grecque, dont l’apparition pétrifiait ses victimes, aux tentatrices ondulées et prédatrices gothiques de la peinture victorienne. La « vamp », le plus souvent brune, incarnée par Theda Bara et Louise Glaum, s’impose dans les premiers films des années 1920 — jusqu’à ce que l’arrivée de la décoloration la fasse déloger par une nouvelle icône : la blonde platine, dont la coiffure impeccable irradie la pellicule en noir et blanc.

Un nouvel ouvrage, British Blonde: Women, Desire and the Image in Postwar Britain, de l’historienne de la culture Lynda Nead, examine comment la blonde décolorée est devenue un symbole complexe, à la fois de désirabilité et de danger — de ses origines américaines, incarnées par Marilyn Monroe, jusqu’à ses déclinaisons britanniques comme Diana Dors et Barbara Windsor. « La blondeur semblait si significative que ce n’était pas un petit détail qu’on pouvait ignorer », explique à la BBC Nead, professeure d’histoire de l’art au Courtauld Institute of Art.

La culture occidentale a bâti autour de la blondeur féminine toute une mythologie — iconographie religieuse, contes de fées, art, publicité — qui raconte des histoires précises sur ce que signifie être blonde. Les comédies des débuts du cinéma, Platinum Blonde (1931) et Bombshell (1933) avec Jean Harlow, installent durablement l’image de la blonde éblouissante. « L’idée que vous êtes une bombe, c’est presque une arme, dit Nead. D’un côté, c’est une sorte d’idéal, mais en même temps, c’est menaçant. »

Avant Harlow, il y avait une blonde d’allure plus naturelle : Mary Pickford, dont les boucles ambrées lui valurent le surnom de « fiancée de l’Amérique ». Mais là où Pickford jouait la jeune fille ingénue attendant d’être secourue, la blonde oxygénée de Harlow était plus affranchie, ouvrant la voie aux femmes fatales blondes du film noir des années 1940 — Veronica Lake, Barbara Stanwyck — qui manipulaient les hommes par le charme et l’intelligence.

Blonde Ice (1948), où Leslie Brooks incarne une adultère, fraudeuse et meurtrière au cœur froid, exploite le filon de la « reine des glaces blonde », dont l’auréole dorée jure avec les intentions sombres. Le procédé revient dans Basic Instinct (1992), où Sharon Stone séduit son interrogateur. Comme la chevelure blonde tend à foncer avec l’âge, elle suggère un éclat et une innocence enfantine qui facilitent la tromperie : dans Le facteur sonne toujours deux fois (1946), la garde-robe immaculée et les cheveux blond bébé de Lana Turner masquent la manœuvrière.

Nead ne contourne pas le versant idéologique. La blondeur, dit-elle, a été projetée comme un idéal de beauté occidentale, ce qui, dans le contexte des idéologies de supériorité raciale blanche, est « profondément problématique ». L’article rappelle la controverse survenue en août 2025 autour d’une publicité de la marque American Eagle mettant en vedette l’actrice blonde Sydney Sweeney : le jeu de mots entre jeans et genes a été critiqué pour son écho au vocabulaire eugéniste. La marque a rejeté ces accusations, affirmant que le slogan portait sur les jeans, point.

Malgré ces sous-entendus troublants, la teinture blonde a représenté pour bien des Britanniques blanches de l’après-guerre un passeport vers un monde glamour et matériel, libérateur après des années d’austérité. Les publicités Clairol vantaient le pouvoir de la blonde sur les hommes : « Si je n’ai qu’une vie, laissez-moi la vivre en blonde. »

Mais l’entretien de cette allure exigeait un travail constant. Nead voit dans ce régime de reteinture une dualité fascinante : la blondeur signifie « à la fois la pureté absolue et l’artifice complet ». L’ambiguïté est au cœur de la blonde britannique, écrit-elle : une surface de perfection dissimule sa contrepartie interdite et dangereuse, rendue visible par les racines foncées — cette brèche dans la mascarade féminine.

Pour les blondes britanniques, vivre dans l’ombre de Monroe fut difficile; elles étaient condamnées, écrit Nead, à n’être que « secondes après la blonde américaine ». Soumises aux lignes de faille du système de classes, elles prirent des formes distinctes. Diana Dors était plus tapageuse que ses homologues américaines — « elle pousse la blondeur presque jusqu’à la caricature », écrivait le Daily Mail en 1956. Sa contemporaine Barbara Windsor, cockney espiègle des films Carry On, incarnait une blonde plus écervelée et pétillante, « mélange saisissant de fausse innocence et de sexualité assumée ».

Le cinéma a aussi contesté le stéréotype qu’il avait créé. Au début de La revanche d’une blonde (2001), le petit ami ambitieux d’Elle Woods la quitte : « Si je veux devenir sénateur, je dois épouser une Jackie, pas une Marilyn. » Il aura tort sur toute la ligne. Et plusieurs rôles de Monroe elle-même laissaient deviner sa sensibilité et son intelligence. Dans Les hommes préfèrent les blondes (1953), son futur beau-père s’étonne : « On m’avait dit que vous étiez stupide. Vous n’en avez pas l’air! » Réponse de Lorelei Lee : « Je peux être intelligente quand c’est important. Mais la plupart des hommes n’aiment pas ça. »

C’est peut-être justement parce qu’on les sous-estime que les blondes font de si parfaites femmes fatales. Dans Prête à tout (1995), Nicole Kidman incarne une présentatrice météo dont la naïveté feinte masque une ambition sans scrupule. En définitive, conclut l’article, la culture donne raison à la blonde, qu’on prend de haut à ses risques et périls. Comme le chantait Dolly Parton en 1967 : cette blonde stupide n’est la dupe de personne.

British Blonde: Women, Desire and the Image in Postwar Britain, de Lynda Nead, est publié par le Paul Mellon Centre for British Art.

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