Petite histoire du sexpionnage, de Mata Hari aux « pots de miel » numériques
Résumé en français de l’article The Long History of Sexpionage de Matthew Wills, publié par JSTOR Daily (août 2026).
Le « sexpionnage », l’usage de la séduction et du sexe pour obtenir des secrets ou compromettre une cible, est aussi vieux que le renseignement lui-même. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les affiches alliées mettaient les soldats en garde contre les confidences sur l’oreiller (« Keep mum, she’s not so dumb »). Pendant la guerre froide, les services soviétiques entretenaient des « moineaux » (des femmes) et des « corbeaux » (des hommes) formés à cet effet. Matthew Wills rappelle le cas du président indonésien Sukarno, que la CIA comme le KGB tentèrent de piéger sexuellement avant sa chute en 1967 — sans succès, ses frasques étant déjà publiques. La CIA alla jusqu’à produire un film pornographique avec un sosie. Et il y a Mata Hari, Margaretha Zelle MacLeod, fusillée par la France en 1917 pour une activité d’espionne qui reste, un siècle plus tard, sujette à débat.
L’article s’appuie sur plusieurs travaux universitaires. L’analyste Troy Smith pose la question éthique : la tromperie intime viole la vie privée et le consentement et cause des dommages psychologiques, ce que ses défenseurs justifient par la sécurité nationale. Deux colonels de l’armée américaine, David Wallace et Mark Visger, montrent comment le mot « honeypot » a migré vers la cyberguerre : il désigne aujourd’hui des systèmes informatiques leurres conçus pour attirer les intrus et les observer — et leur militarisation soulève des questions de droit international encore sans réponse. Le chercheur Alan Cunningham, lui, propose d’utiliser hypertrucages et matériel compromettant contre les extrémistes religieux.
Wills conclut sur la question que tout cela laisse ouverte : que peut bien vouloir dire une mise en œuvre « éclairée, sensible et clairement encadrée » quand la tactique elle-même consiste à détruire une réputation?