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Cinq femelles bonobos tuent un mâle : l’attaque la plus violente jamais documentée

Résumé en français de l’article ‘The most violent attack ever documented’: Five female bonobos kill a male d’El País (22 octobre 2025), par Javier Salas.

Uma et son petit Ulrik, à Lui Kotale (RDC), le site même où vivait Hugo. Photo : D. Beaune / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Le 18 février 2025, dans la jungle de Salonga en République démocratique du Congo, cinq femelles bonobos ont attaqué un mâle d’une vingtaine d’années pendant vingt-cinq minutes, sous les yeux du clan qui n’est pas intervenu. Gravement blessé, Hugo a fini par s’échapper, mais on ne l’a jamais revu. Les chercheurs le tiennent pour mort. L’épisode, filmé et publié dans Current Biology, constitue selon les spécialistes l’agression la plus violente jamais documentée chez cette espèce.

Ce qui rend le cas remarquable, ce n’est pas seulement sa brutalité : c’est qu’il vient écorner l’image du bonobo, ce grand singe qu’on présente volontiers comme le pacifiste de la famille, adepte du sexe plutôt que de la guerre. Cette réputation s’est construite par contraste avec le chimpanzé, dont Jane Goodall avait documenté les guerres, puis s’est répandue grâce aux ouvrages de Frans de Waal.

Sonya Pashchevskaya, primatologue à l’Institut Max Planck et témoin direct de la scène, apporte une nuance importante : cette image hippie vient largement des populations en captivité. Les bonobos sauvages sont moins idylliques. Leur société demeure nettement plus pacifique que celle des chimpanzés, mais cette paix repose sur un mécanisme précis — la domination des femelles sur les mâles — et elle peut être interrompue par des épisodes extrêmes comme celui-ci.

C’est là que le cas devient éclairant. Chez les bonobos, les mâles sont plus grands et plus forts, mais ce sont les femelles qui dominent, par des alliances renforcées notamment par le frottement génital. Martin Surbeck, de l’Université Harvard, a passé en revue trente ans d’observations : 85 % des coalitions violentes sont menées par des femelles cherchant à tenir les mâles en respect, et dans certaines communautés celles-ci remportent la totalité des conflits. Leur domination n’est donc pas anecdotique, elle est structurelle — et elle démontre qu’un pouvoir peut naître du soutien social plutôt que de la force physique.

Le mobile probable de l’attaque contre Hugo donne tout son sens à ce dispositif. Quelques jours plus tôt, il s’en était pris au petit de la plus jeune de ses agresseuses. L’infanticide est une stratégie masculine répandue chez de nombreuses espèces, y compris chez les chimpanzés : en éliminant les petits d’un autre mâle, on ramène la femelle à la reproduction. Les femelles bonobos, elles, ont inversé la tendance grâce à leur coopération.

D’où l’hypothèse que formule Pashchevskaya : si l’infanticide ne se pratique pas au sein des groupes de bonobos, c’est précisément à cause de ce qui arrive aux mâles qui essaient. La violence extrême s’expliquerait comme une réponse à une menace extrême — et c’est peut-être ce qui empêche l’agressivité masculine de prendre chez eux la forme qu’elle a chez les chimpanzés.

Nahoko Tokuyama, de l’Université centrale de Tokyo, qui a signé plusieurs études sur les coalitions de femelles, s’est dite surprise par la gravité des blessures, tout en confirmant la logique : s’attaquer à un petit constitue une violation grave des normes de la société bonobo, et provoque presque toujours des représailles.

Les chercheurs restent en revanche prudents sur l’interprétation des détails les plus frappants. Les blessures aux organes génitaux, par exemple, évoquent ce que font les chimpanzés à leurs rivaux — mais Pashchevskaya rappelle qu’il s’agit surtout d’une zone facile à atteindre quand on n’a que ses dents et ses mains, et met en garde contre la tentation d’y lire trop de symbolisme.

Quant au frottement génital que deux femelles ont pratiqué pendant l’attaque, il relève d’un comportement banal chez elles : il sert à tisser et confirmer les liens sociaux, y compris dans les situations tendues. Liza Moscovice, spécialiste du comportement sexuel des femelles bonobos, y voit un moyen de coordonner l’action et de réduire le stress. Pashchevskaya le résume d’une formule : c’est une façon de se dire « je suis avec toi là-dessus ».

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