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Fatima Daas : « Je ne veux renoncer ni à mon amour pour Dieu ni à l’homosexualité »

Résumé en français de l’entrevue Fatima Daas, la escritora musulmana y lesbiana que revolucionó las letras francesas d’El Mundo (5 juillet 2026), par Marta Corbal, photographies de Sergio González Valero.

Unsplash

Il y a des livres capables de nous détourner du chemin court et mauvais qui mène du préjugé à la post-vérité. Quand la Française Fatima Daas a publié La petite dernière en 2020, ce n’était pas seulement pour raconter son expérience de femme lesbienne et musulmane, mais pour chercher la compréhension d’une société qui regarde rarement vers les banlieues parisiennes — et comprend encore moins l’angoisse d’une fille d’immigrants algériens tiraillée entre ses croyances et ses sentiments.

« Quand on m’invitait quelque part pour parler de La petite dernière, on me posait plus de questions théologiques que littéraires. On me demandait toujours comment je pouvais être une personne LGBT et musulmane si l’homosexualité est un péché en islam », raconte Daas, née à Saint-Germain-en-Laye en 1995. « Mais, par ailleurs, mon livre a eu un impact très positif, en particulier pour les gens qui se sont sentis représentés par mon histoire. »

Six ans après le succès de ce premier roman autobiographique, l’autrice passe à la fiction. Son deuxième roman, Jouer le jeu, nous met dans la peau de Kayden, une adolescente issue d’une famille immigrée qui affronte les doutes propres à son âge sur son orientation sexuelle, ses sentiments et son avenir professionnel. Mais elle le fait dans la France d’aujourd’hui. « J’avais envie d’écrire quelque chose de plus doux, de plus tendre et de plus joyeux. J’ai voulu refléter le changement générationnel. La violence contre la communauté existe toujours, mais les sujets qui étaient tabous à mon époque, comme les questions de genre, sont maintenant sortis du placard. »

Pour dresser ce portrait de la jeunesse actuelle, Daas a puisé au présent comme au passé. « Je me suis appuyée sur mes souvenirs d’enfance et d’adolescence : mes sentiments, mon rapport à mon corps, mes premières règles et la façon dont le fait de commencer à être perçue comme une fille a limité ma liberté ou ma manière de m’habiller. » Elle a aussi côtoyé des adolescents dans le cadre de son travail en établissements scolaires, d’ateliers littéraires et d’autres activités, ce qui lui a permis de mieux comprendre comment les jeunes d’aujourd’hui vivent l’amour et la famille.

Son personnage vit entre deux mondes. D’un côté le lycée, avec sa compétitivité extrême et la promesse d’un avenir prospère réservé aux meilleurs. De l’autre le quartier où elle a grandi avec sa famille, celui dont la société et son propre système éducatif lui répètent qu’elle doit aspirer à s’échapper — alors que s’y trouve tout ce qu’elle aime et ne peut cesser d’aimer.

Si le roman rend compte de l’évolution du pays en matière de genre et de sexualité, il montre aussi comment la situation des classes les plus défavorisées s’est durcie. « La situation est de plus en plus compliquée en France, et le système scolaire prétendument méritocratique auquel on veut nous faire croire est de plus en plus marqué par les inégalités sociales, qui sont structurelles et héritées du système colonial », estime-t-elle.

Elle est particulièrement sévère envers les dispositifs de quotas. « Le système de quotas qui permet à certaines de ces minorités d’accéder à certains lieux ne change pas la structure qu’il prétend changer. En France, on pose le postulat que nous sommes tous égaux sans se demander ce qui change d’une famille à l’autre. Qu’arrive-t-il si nos parents n’ont pas fait d’études et ne peuvent pas nous aider avec les devoirs? Ou s’ils n’ont pas d’argent pour nous emmener au musée ou nous acheter des livres? Nous n’avons pas les mêmes chances au départ, dès la naissance, et le système de quotas cherche à camoufler cela, à donner un coup de peinture et à dire que tout est réglé. »

Fatima Daas a grandi à Clichy-sous-Bois, commune de la banlieue parisienne où les familles immigrées, en particulier maghrébines, sont nombreuses. Elle sait ce que c’est que de se sentir en dehors de sa propre culture comme de celle des autres, et cherche pour cette raison à créer des ponts par la littérature — une littérature qui, par sa vocation même d’universalité, devrait fuir les niches. « Même si on essaie de classer ce type de livres comme littérature de banlieue ou LGBT, des auteurs comme moi écrivent pour toute personne sensible à ce que nous racontons, pas seulement pour ceux qui nous ressemblent. Surtout que nous avons grandi avec des histoires d’hommes blancs hétérosexuels et qu’elles nous ont plu, que nous en avons profité. »

Daas sait pourtant que la société préfère opiner plutôt que lire dès qu’un sujet fait débat, et plus encore dans une société peu portée à la nuance. « Quand j’ai publié La petite dernière, j’ai payé le prix de parler de l’islam en France et, en plus, de le mêler à l’homosexualité. Mais je ne veux renoncer ni à mon amour pour Dieu ni à l’homosexualité », précise-t-elle. « Mon histoire venait briser le récit selon lequel une personne comme moi, si elle est homosexuelle, finit par s’éloigner de sa famille et abandonner l’islam. J’ai dû expliquer encore et encore que je n’ai pas rompu avec ma famille et que je n’ai pas quitté le quartier. Je ne suis pas non plus ce genre de fille qui fuit son milieu d’origine pour appartenir à un autre, bourgeois et blanc. »

L’autrice a admis à plusieurs reprises que sa mère n’a pas lu son premier livre, parce qu’il y a des détails de sa vie privée qu’elle n’a pas voulu connaître. « Rien n’a changé à cet égard, et c’est très bien ainsi, dit-elle. C’est une façon de garder mon jardin secret sans qu’elle sache nécessairement à quoi il ressemble. Je crois que cela m’a même donné plus de liberté qu’à d’autres, parce que je n’ai pas attendu que ma mère me dise : “Ça me va que tu sois lesbienne.” Ma mère est simplement là, et je sais que je peux aller vers elle quand j’ai besoin d’elle. »

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