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Sexualité animale : ce que la science a longtemps refusé de voir

Résumé en français de l’article We’ve Been Thinking About Animal Sexuality All Wrong de Rolling Stone (20 juin 2026), par Rachel Brodsky.

Unsplash

Un nouveau documentaire, Second Nature: Gender & Sexuality in the Animal World, narré par Elliot Page, s’attaque à trois idées reçues tenaces : que les animaux ne copulent que pour se reproduire, que les comportements homosexuels y sont des anomalies contre nature, et que toutes les espèces sont dominées par les mâles. Aucune des trois ne résiste à l’examen.

La journaliste Rachel Brodsky rappelle qu’en 2008, le Musée du sexe de New York avait monté une exposition sur la vie sexuelle des animaux. Elle est restée dix ans à l’affiche. Ce qui la désole, c’est qu’une telle exposition n’aurait probablement pas été tolérée dans un lieu qui ne vend pas de vibrateurs à sa boutique — et que ces connaissances, pourtant disponibles depuis des décennies, n’aient jamais vraiment percé dans les manuels de biologie ni dans les livrets de zoo.

Le documentaire donne la parole à des scientifiques qui ont bâti de longues carrières sur l’étude de la diversité sexuelle chez les primates, les oiseaux, les poissons et les reptiles. Les faits s’accumulent : les dauphins ont fréquemment des rapports homosexuels, tout comme les manchots et les cygnes noirs. Chez les manchots, des couples de même sexe élèvent régulièrement des petits ensemble. Les bonobos vivent en société matriarcale et se servent du sexe pour désamorcer les conflits. Environ la moitié des rapports des singes capucins sont homosexuels. Les femelles du tamarin lion doré s’entourent d’un harem de mâles non apparentés.

Le cas des canards est particulièrement éloquent. Les femelles possèdent un vagin en spirale labyrinthique doté de deux ou trois poches sans issue. C’est la femelle qui décide quel mâle pourra déposer son sperme, et si un mâle tente de la forcer, ce qui arrive, la morphologie de ses poches empêche le sperme d’aboutir.

Une bonne partie de ces connaissances avait déjà trouvé un public avec Evolution’s Rainbow, ouvrage publié en 2004 par la biologiste de l’évolution Joan Roughgarden, de Stanford. Elle y contestait la théorie darwinienne de la sélection sexuelle, selon laquelle le mâle le plus fort et le plus agressif l’emporte et transmet ses gènes. L’accueil fut brutal : les critiques étaient, se souvient-elle dans le documentaire, « méchantes », et certaines dénonçaient un « programme gai ». Roughgarden est une femme trans.

Les chercheurs interrogés avancent une explication simple à cet aveuglement : pour comprendre le monde, le plus facile est d’y plaquer son propre cadre social. Darwin, formé dans l’Angleterre victorienne, n’a pas pu s’empêcher de projeter ses représentations hétérosexuelles sur la reproduction animale. À mesure que la communauté scientifique s’est diversifiée, de nouvelles observations sont apparues — notamment que les animaux sociaux comme les bonobos et les chimpanzés utilisent le sexe comme mécanisme de réconciliation, ce qui rend possible une existence coopérative et pacifique.

« Les humains se projettent constamment sur la nature, et le font depuis toujours — il suffit de regarder n’importe quel mythe », explique à Rolling Stone la réalisatrice Drew Denny. Elle rappelle l’époque où l’on croyait les gauchers possédés par Satan, et ajoute que nos projections, même les plus anciennes, ne pèsent pas lourd face à des milliards d’années d’évolution.

La conclusion de l’article est directe : les animaux n’ont pas besoin qu’on comprenne le spectre complet de leurs expériences sexuelles pour continuer de vivre. En colportant des récits périmés, une seule espèce se nuit à elle-même : la nôtre.

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