L’IA au pouvoir : un an d’enquête du Bulletin of the Atomic Scientists
Résumé en français du projet The AI Power Trip du Bulletin of the Atomic Scientists (2026).

Le Bulletin of the Atomic Scientists, la revue fondée en 1945 par des physiciens du projet Manhattan, celle-là même qui tient l’horloge de la fin du monde, consacre une enquête d’un an entier à une seule question : comment les entreprises et les individus qui développent l’intelligence artificielle sont-ils en train de prendre le contrôle de la gouvernance mondiale, des écosystèmes d’information, des ressources énergétiques et du complexe militaro-industriel?
Le projet, intitulé The AI Power Trip, réunit des chercheurs, des juristes et des journalistes autour d’un constat commun : pendant que le débat public s’enlise sur la question de savoir si l’IA atteindra un jour l’intelligence humaine, le pouvoir réel, lui, a déjà changé de mains.
Allison Stanger, professeure au Middlebury College, signe l’un des textes phares de la série, « The AI Raj : How tech giants are recolonizing power ». Elle y file une comparaison avec la Compagnie britannique des Indes orientales : de la même façon que la réussite commerciale de la Compagnie avait servi à justifier qu’on lui confie des pouvoirs proprement étatiques, les entreprises d’IA s’appuient aujourd’hui sur leur avance technique pour réclamer des fonctions publiques. Certains PDG de la Silicon Valley, écrit-elle, sont devenus plus puissants que des chefs d’État élus. La question qu’elle pose aux sociétés démocratiques : sauront-elles sortir de ce piège pendant qu’il en est encore temps, ou resteront-elles soumises aux caprices de souverains numériques que personne n’a choisis?
Suresh Venkatasubramanian, professeur à l’Université Brown, aborde le versant surveillance. Son avertissement tient en une phrase : une fois qu’on commence à collecter des données, on ne s’arrête pratiquement jamais. Selon lui, la seule façon d’utiliser les données et l’IA à bon escient passe par des contrôles restrictifs destinés à protéger la démocratie.
D’autres textes de la série s’attaquent à des angles plus techniques mais tout aussi concrets. Steven Feldstein explique pourquoi les prévisions de croissance des centres de données sont essentielles pour anticiper leur effet sur les réseaux électriques. Justin Sherman montre pourquoi les modèles d’IA échappent aux cadres traditionnels de contrôle des exportations : historiquement, les contrôles sur les biens immatériels — logiciels, données — ont bien moins bien fonctionné que ceux sur les biens physiques. Jeremy Hsu, lui, se demande ce qui arrivera quand la bulle financière de l’IA éclatera, et qui en paiera le prix.
Sara Goudarzi ouvre la série par un texte au titre ironique : « AGI’s ETA : Delayed (again) due to technical difficulties ». La quête d’une intelligence artificielle de niveau humain, résume-t-elle, demeure insaisissable — mais le pouvoir de la Silicon Valley de remodeler la société, lui, est déjà bien là.
Le projet est soutenu par le Future of Life Institute. Les textes sont publiés progressivement sur le site du Bulletin.