Mordechai Kedar dans sa bibliothèque, tenant un ouvrage en arabe
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Le Moyen-Orient par les clans : entrevue avec Mordechai Kedar

Entrevue Ex-Israeli Spy EXPOSES The Dark Truth Of The Middle East, réalisée par le vidéaste américain Destiny (Steven Bonnell II) avec Mordechai Kedar, mise en ligne en mars 2026. 47 minutes.

Mordechai Kedar dans sa bibliothèque, tenant un ouvrage en arabe
Photo : Arielinson / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Mordechai Kedar, 71 ans au moment du tournage, est un arabisant israélien : né à Tel-Aviv dans une famille venue de Pologne, de langue maternelle yiddish, il tombe amoureux de l’arabe au secondaire et entre à 18 ans dans le renseignement militaire, où il servira 25 ans, jusqu’en 1995, avec un rang qu’il situe à celui de général de brigade. Doctorat en 1997, puis 28 ans d’enseignement à l’Université Bar-Ilan. Son unique livre, Asad in Search of Legitimacy (Sussex Academic Press, 2005), analyse la presse syrienne du point de vue linguistique pour reconstituer, par ingénierie inversée, la pensée du régime : là où la presse n’est pas libre, soutient-il, elle dit exactement ce que le pouvoir pense.

Sa thèse centrale tient en un mot : le clan. Le Moyen-Orient, explique-t-il, est structuré par une culture clanique née de la rareté de l’eau dans le désert : l’individu est faible, le groupe est fort, donc on se marie entre cousins et l’étranger d’en face reste un étranger pour toujours. C’est pourquoi les pays du Golfe fondés sur un seul clan (les Al Sabah au Koweït, les Al Thani au Qatar, les Al Saoud en Arabie saoudite) seraient stables, alors que l’Irak, la Syrie, la Libye ou le Soudan, construits sur des idéologies importées d’Occident, seraient ingouvernables. Il compare le Moyen-Orient à un chariot tiré par trois chevaux qui vont dans trois directions : la culture clanique, l’islam, la modernité. Et il en tire une prescription politique, la « solution des émirats » : des cités-États claniques à Jéricho, Ramallah, Jénine, Naplouse, Hébron, tandis qu’Israël resterait dans les zones rurales et offrirait sa citoyenneté aux villageois. Sa conclusion sur les échecs occidentaux en Irak et en Afghanistan : on ne comprend rien à une société dont on ne parle pas la langue.

Dans l’entrevue, Kedar affirme que les Palestiniens seraient pour l’essentiel des travailleurs migrants venus d’Égypte, de Syrie ou du Hedjaz après le début de l’immigration sioniste, que le statut de réfugié qu’on leur reconnaît serait une anomalie mondiale, et que le lien de l’islam avec Jérusalem — jusqu’à l’identification de la mosquée al-Aqsa — serait une invention omeyyade destinée à détourner le pèlerinage de La Mecque. Il soutient aussi que la paix, dans la conception islamique, ne peut être que temporaire (hudna), y compris celle signée avec l’Égypte en 1979.

Mise en contexte du Kiosque. Ces dernières affirmations ne relèvent pas du consensus savant : l’historiographie établie reconnaît une population arabe enracinée en Palestine bien avant la fin du XIXe siècle, et l’ancienneté du rattachement musulman à Jérusalem est documentée par les sources islamiques elles-mêmes. Quant à la règle des « dix ans » que Kedar attribue au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, elle n’existe pas dans son statut; les réfugiés palestiniens relèvent d’ailleurs d’une autre agence, l’UNRWA. L’intervieweur, lui, relance peu. On écoutera donc cette entrevue pour ce qu’elle est : le raisonnement d’un analyste influent dans les milieux de la droite israélienne, exposé sans contradiction.

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