Petite histoire du végétarisme militant, de l’abolitionnisme à Occupy Wall Street
Résumé en français de l’article The Long Marriage of Vegetarianism and Social Activism de Lisa Bramen, publié par le Smithsonian Magazine (octobre 2011).
Aux États-Unis, renoncer à la viande a longtemps été un geste politique autant qu’un régime. En 1850, le médecin William A. Alcott (parent de la romancière Louisa May Alcott), Sylvester Graham et le révérend William Metcalfe fondent l’American Vegetarian Society, première organisation du genre au pays. Le livre d’Alcott, Vegetable Diet (1838), vantait surtout la santé; le mouvement, lui, s’est vite donné une portée morale. Les résolutions du premier congrès végétarien américain, tenu à New York en mai 1850, font de la consommation de chair « la pierre angulaire d’une vaste arche de besoins superflus » et condamnent « la cruauté, sous toute forme, dans le seul but de se procurer une nourriture inutile ».
Le mouvement recrute alors chez les réformateurs de toutes causes : la suffragette Susan B. Anthony et l’abolitionniste Horace Greeley, éditeur du New York Tribune, fréquentent ses réunions, où le végétarisme voisine avec les droits des femmes, la lutte contre l’esclavage et la tempérance — un compte rendu du New York Times sur un banquet végétarien s’ennuie devant la « farine moulée » et les « courges à la crème », arrosées d’« eau pure et froide ». La société se dissout en 1865, l’année même de l’abolition de l’esclavage. Henry S. Clubb relance l’idée en 1886 avec la Vegetarian Society of America, magazine, conférenciers vedettes et kiosque à l’Exposition universelle de Chicago de 1893 à l’appui; elle disparaît à sa mort, en 1921.
Le fil renaît dans les années 1960 avec l’American Vegan Society, qui relie l’assiette au sort des animaux, à l’environnement et à la vie spirituelle. Lisa Bramen écrit au moment où les campements d’Occupy Wall Street affichent leurs menus végétaliens : la vieille alliance entre alimentation et contestation, conclut-elle, n’a jamais vraiment été rompue.