Comment le pétrole a façonné les parcs américains
Résumé en français de l’article How Big Oil Shaped America’s Parks de Matthew Wills, publié par JSTOR Daily (26 octobre 2026).
S’appuyant sur les travaux de l’historienne Raechel Lutz, l’article montre comment le pétrole, la richesse qu’il a générée et les technologies routières ont influencé la conception même de la nature aux États-Unis, en prenant l’exemple du parc interétatique des Palisades, le long du fleuve Hudson, entre le New Jersey et l’État de New York. Ces falaises, qui atteignent 540 pieds (environ 165 mètres) au-dessus du fleuve, ont été exploitées au XIXe siècle pour fournir de la pierre aux bâtiments, dont les premiers gratte-ciel, et aux routes. Dans les années 1890, des citoyens, des défenseurs de la nature et la Federation of Women’s Clubs ont réclamé leur protection, et les deux États ont créé en 1900 une commission chargée du parc, sans toutefois la financer.
La commission s’est donc tournée vers de riches donateurs, dont John D. Rockefeller père, J.P. Morgan et Mme E. H. Harriman. Le fils de Rockefeller, John D. Rockefeller Jr., héritier de la fortune de la Standard Oil, a consacré aux Palisades plus de la moitié de ses dons destinés aux parcs et a racheté en secret des terrains autour de Fort Lee, au moment de la construction du pont George-Washington, pour les offrir à la commission. Mais sa générosité était assortie d’une condition moins connue : la construction de la Palisades Interstate Parkway, une route panoramique de 42 milles (environ 68 kilomètres) réservée aux automobiles. Selon Raechel Lutz, Rockefeller Jr., à la fois défenseur de la nature et partisan de l’automobile, croyait sincèrement que les routes permettraient de préserver les paysages plutôt que de les abîmer, et ne voyait pas leur construction comme un moyen de vendre plus d’essence.
Commencée en 1947, inaugurée en 1957 et achevée en 1962, la route était déjà un anachronisme : une idée des années 1920 à l’ère du réseau d’autoroutes inter-États. Elle est devenue un simple accès au pont George-Washington et à l’autoroute I-80, et voit passer aujourd’hui 6,5 millions de véhicules par année. L’auteur relève une ironie : on ne voit pas les falaises depuis la route, et en 1955, pour promouvoir le parc, la commission utilisait une photo du stationnement plein du belvédère Rockefeller plutôt que de la vue elle-même.