Leonard Sax
Ed. Lattès

(Disponible à la Bibliothèque de Westmount)

Diplômé en biologie et nanti d’un doctorat en psychologie, Leonard Sax est médecin généraliste dans une banlieue de Washington. Il s’est documenté, parcourant la planète, visitant des dizaines d’écoles et suivant personnellement des enfants pendant des années, avant de devenir un consultant pédagogique prisé dans le monde anglophone. Il estime que les filles et les garçons demandent chacun une attention particulière.

L’auteur montre qu’apporter une éducation identique dans sa forme aux garçons et aux filles ne suffit pas à apporter l’égalité. Il analyse les causes de la démobilisation des garçons à l’adolescence et des comportements à risque des filles et propose différentes stratégies pour qu’ils puissent aussi aimer le français ou l’histoire géo ou qu’elles se tournent davantage vers les sciences physiques.

Entrevue avec l’auteur

Par Stéphanie Combe, La vie

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(….)

Tout le monde est d’accord pour dire qu’il n’y a aucune différence entre les facultés intellectuelles, les capacités d’apprentissage, des filles et des garçons. Mais dans le domaine de la motivation, il en va différemment.

Des recherches scientifiques font observer des différences comportementales chez les singes et les chimpanzés : les petits singes mâles préfèrent nettement jouer avec des camions plutôt qu’avec des poupées, les petits singes femelles marquent une légère préférence pour les poupées, par rapport aux camions. Ces différences sont encore plus marquées chez les enfants humains, à un âge où ils n’ont pas encore conscience du sexe auquel ils appartiennent. De la même façon, les modes d’apprentissage chez les filles et les garçons ne sont pas similaires. La culture et la construction sociale du genre, si elles amplifient la biologie, ne peuvent être les seules responsables de ces différences. Or nous éduquons nos enfants comme si ces différences n’existaient pas.

(….)

Transmettre est-il plus difficile aujourd’hui, à l’heure où les écrans se multiplient ?

Nos enfants sont confrontés aujourd’hui à des sollicitations très différentes de celles contre lesquelles nos parents nous ont protégés. Lorsque nous étions enfants, le danger était dehors, hors des murs de notre foyer. Si nous étions dans notre chambre à 20 h, ils avaient fait du bon boulot. Aujourd’hui, c’est différent. Que se passe-t-il derrière la porte de la chambre de votre fille après 20 h ? À qui parle-t-elle ? Que trafique-t-elle sur Photoshop ? Pourquoi ? Pendant ce temps là, que fait son frère ? Quels sites consulte-t-il ? Pourquoi n’arrive-t-il pas à sortir de son jeu vidéo avant minuit ?

L’intrusion de l’extérieur dans l’intimité de la famille, parallèlement à la disparition de la notion même d’intimité pour nos adolescents, pose de nouveaux problèmes aux parents qui, eux, n’utilisent pas, la plupart du temps, la technologie comme un terrain de rencontre avec leurs enfants. Ils ne vont jamais sur leur page Facebook « par respect pour leur intimité ». Ils ne jouent pas aux jeux vidéo avec eux, « parce que c’est une perte de temps ». (….)

Quels conseils donneriez-vous aux parents pour les aider en matière d’éducation ?

La parentalité est un art et non une science. Il est temps de s’intéresser aux différences entre les filles et les garçons pour casser définitivement le sexisme combattu depuis plusieurs décennies et aider nos enfants à trouver un sens à leur vie. Il ne s’agit pas de revendiquer ces différences et de construire un monde nouveau à partir d’elles – ce serait une régression. Mais il ne faut pas croire non plus que les différences entre les sexes n’existent pas et que tout n’est que construction sociale du genre. Comprenons les différences, célébrons-les, prenons appui sur elles pour que chacun, chacune, trouve un sens, son propre sens, à son existence. Lorsque notre fille, notre fils nous demandent « c’est quoi, devenir une femme ? C’est quoi, devenir un homme ? » préparons-nous à leur répondre autre chose que « c’est pareil. » Vive les différences !