Oubliez le livre : avez-vous lu cette irrésistible histoire des «blurbs», ces éloges imprimés sur les couvertures?
Résumé en français de l’article Forget The Book, Have You Read This Irresistible Story On Blurbs? de Colin Dwyer, publié par NPR (27 septembre 2015).
Ces éloges signés par un collègue écrivain ou une célébrité qui chantent les louanges d’un auteur directement sur la couverture de son livre, les fameux « blurbs », sont parmi les outils les plus anciens et les plus controversés de l’édition. George Orwell les associait dès 1936 au déclin du roman; la chercheuse Camille Paglia les qualifiait d’« absolument épouvantables ». Le mot lui-même a été inventé en 1907 par l’humoriste Gelett Burgess et sa « Miss Belinda Blurb », mais la pratique remonte à Walt Whitman : en 1856, il fit imprimer en lettres dorées sur la tranche de Leaves of Grass une phrase tirée d’une lettre privée de Ralph Waldo Emerson: « Je vous salue au début d’une grande carrière ». Hemingway, encore inconnu, en alignait six sur la couverture de son premier livre.
Font-ils vendre? Personne n’en est sûr. Nielsen ne suit même pas la question, et selon les tests du Codex Group, à peine 1 % des lecteurs auraient acheté leur dernier livre sous l’influence d’un «blurb», même signé de leur auteur favori. C’est que le «blurb» ne s’adresse pas vraiment au lecteur : il fait son œuvre bien avant, en persuadant agents, éditeurs, attachés de presse et libraires de s’intéresser à un manuscrit parmi les quelque 300 000 titres publiés chaque année. Quant aux auteurs qui «blurbent», comme le romancier Gary Shteyngart, plus de 150 éloges au compteur, plusieurs avouent ne pas toujours lire les livres qu’ils encensent.