Comment Orwell avait imaginé, dès 1949, le contenu bâclé produit par l’IA
Résumé en français de l’article How George Orwell Predicted the Rise of “AI Slop” in Nineteen Eighty-Four (1949) de Colin Marshall, publié par Open Culture (16 avril 2026).
Colin Marshall rappelle qu’au ministère de la Vérité de 1984, où travaille Winston Smith, toute une série de services produisent pour les « prolétaires » des journaux sans substance (sport, crimes et astrologie), des romans à quatre sous, des films racoleurs et des chansons sentimentales composées de façon entièrement mécanique sur une sorte de kaléidoscope appelé « versificateur ». Plus loin dans le roman, Winston entend une femme du peuple chanter un succès créé sans la moindre intervention humaine. Pour l’auteur, cet appareil ressemble beaucoup aux grands modèles de langage d’aujourd’hui.
Marshall rapproche ces productions de ce qu’on appelle en anglais l’« AI slop » : des contenus générés en masse par l’IA, avec très peu d’intervention humaine, dont on craint qu’ils finissent par inonder Internet. Ce qui l’inquiète le plus, c’est que ces contenus ne prolifèrent que parce qu’ils plaisent réellement. Comme la culture de pacotille du ministère de la Vérité, ils refléteraient moins les mauvaises intentions (ou la négligence) des puissants que le peu d’exigence du public.
L’auteur note qu’Isaac Asimov, dans une critique de 1980, jugeait 1984 mauvais prophète, notamment sur le plan technologique. Mais Asimov écrivait à la fin d’un « hiver de l’IA », bien avant les percées des années 2020. Orwell, lui, extrapolait sans doute à partir des divertissements jetables de l’Angleterre des années 1940. Sa conclusion : si l’intelligence humaine collective fait face à un concurrent redoutable, le discernement individuel n’a jamais eu autant de valeur.